LE GRAND CIRQUE BLANC

Le thème des capitaux des dictateurs a rarement fait débat dans le monde politique contrairement à celui de la dictature des capitaux. Et pour cause, puisque les autocrates, pour asseoir leur pouvoir, s’appuient sur des théories aussi bien libérales que socialistes. L’actualité récente a réveillé la bête.

 

De l'avalanche des capitaux au gel des avoirs.

En 2008, les capitaux des dictateurs qui déferlaient en avalanche et venaient s’oxygéner aux sommets des montagnes d’argent helvètes avaient fondu comme neige au soleil. L’abominable crise des subprimes était passée par là. Sale temps à nouveau pour les slalomeurs de l’évasion, voici maintenant venu le gel des avoirs. En effet, le pays le plus propre de la planète où le tri sélectif des ordures est quasiment inscrit dans la Constitution, vient de mettre de l’eau dans son 20 francs suisses en décidant d’attaquer au piolet l’argent des dictateurs. Objectif : devenir leader mondial en matière de confiscation et restitution des avoirs illicites.

 

Les dictateurs dépistés.

Le 1er février 2011, la Suisse vient de voter une loi surnommée « lex Duvalier », du nom de l’ex-dictateur haïtien. Une appellation dont ce dernier se serait bien dispensé en dépit de son ego surdimensionné. En effet, le « dépôt de marque » devrait lui coûter la bagatelle de 6 millions de dollars. Pour la famille Ben Ali qui avait atteint les sommets en matière de corruption, cette loi ne tombe pas du tout à pic et ne laisse planer aucun doute sur la volonté des autorités de disqualifier les dirigeants corrompus.

 

La course des fonds...propres.

Par le passé, la Suisse s’était déjà engagée dans une course de fonds jonchée de longues procédures, 18 ans dans le cas du dictateur philippin Ferdinand Marcos. Au finish, par un retour de bâton, 680 millions de dollars de « fonds propres » lui appartenant étaient restitués à son peuple. En revanche, mauvaise pioche contre Mobutu, les Suisses devant abandonner la course-poursuite face à la tiède coopération des autorités congolaises. Et l’argent gelé revint se fondre dans le patrimoine de la chaleureuse famille. C’est au final 1,7 milliard de francs suisses qui depuis quinze ans ont ainsi pu être récupérés dans l’épais brouillard des comptes en cascade. Quelques flocons prélevés sur les neiges éternelles de l’argent de la corruption.

 

La descente aux enfers.

« D’honorables présidents » transformés d’un coup de plume magique en monstrueux dictateurs, voient l’exercice du pouvoir devenir un exercice périlleux. Tout président seul dans sa tour de Côte d’Ivoire se doit dorénavant de répondre à cette question existentielle : "suis-je ou ne suis-je pas un dictateur ?" car son sort en dépend ! Pour nourrir la réflexion, voici une définition des plus empiriques : un dictateur est un dirigeant politique qui s’est enrichi dans le cadre de l’exercice du pouvoir et qui a été déchu par la suite.

 

En bout de chaîne.

« Bien mal acquis ne profite jamais qu’à ceux qui sont assez malins pour ne pas se faire épingler », disait Pierre Dac. En seconde lecture, cette citation revêt un caractère bien plus moraliste qu’on ne l’imagine. En effet, l’appât du gain et du pouvoir ne sont-ils pas inversement proportionnels à l’intelligence et à la sagesse ? La Bruyère, dans Les Caractères, chapitre « Des biens de fortune », faisait le constat suivant : « A force de faire de nouveaux contrats ou de sentir son argent grossir dans ses coffres, on se croit enfin une bonne tête presque capable de gouverner. »

“ Bien mal acquis ne profite jamais qu’à ceux qui sont assez malins

pour ne pas se faire épingler. ”
Pierre Dac

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